Comme promis il y a bien longtemps, voici un petit aperçu de la prose de mon ami Yves. Une aventure de bleue bien sûr, mais dans un style qui donne tout de suite le sourire et appelle à continuer le voyage.

L’atome four

7h30 : c’est le départ. Direction Bousson. Les matins de juin sont relativement doux dans notre région et on part, couverts juste ce qu’il faut. Trio et ordre habituel : le panache blanc devant et les deux péripatéciennes qui suivent ; mais petites les péripatéticiennes, enfin petites, ça dépend sur quoi porte le qualificatif « petites »…

Dans la montée de Rocbaron, je m’approche du Chef et j’ai le loisir de l’apercevoir dans son rétro ; peu de chance pour qu’il me voit, il est pas très rétro, mais il ne faut pas entendre par là qu’il est branché techno, rap ou slam, jamais de la vie, non, le rétro c’est pour les flics ; on l’a d’ailleurs déjà vu dans les épisodes précédents : le règlement, c’est le règlement …

Donc, je l’observe : la tronche des mauvais jours, la visière fumée masquant très certainement les yeux qu’il n’a pas perçants comme les chats, mais heureusement que je ne les vois pas, ils doivent envoyer du lourd, pas comme sa meule… La ganache ferme et déterminée. Bref, j’ai – comme dirait Robertino- un point de vue noir qui n’est pas clair : l’image est nette pourtant, mais…

A peine partis, on va déjà ramasser me dis-je à ce spectacle.  Oh pauvre, une quinzaine de bornes plus loin, le Chef s’arrête : chic, on va pouvoir être rassuré. J’insiste lourdement là-dessus, mais si t’as jamais vu la tête de Jean-Lulu dans le rétro de sa mob, tu connais pas la peur.

Et le voilà qui donne les explications de son visage tourmenté : rongé par le froid, il se pelait, c’est Jean-Lulu le thermique !!!

Robertino lui demande s’il a froid aux pieds ; cette question qui frise la bienveillance est beaucoup moins innocente qu’elle n’en a l’air.

En effet, il faut savoir que dans l’imaginaire de Jean-Lulu, quand t’as froid aux pieds, c’est qu’il va neiger ! C’est comme ça que t’apprends que les culs-de-jatte vivent toute l’année au soleil… En même temps, les culs-de-jatte au ski, ça court pas les pistes. Mais quand même, ce décret, cette affirmation, cette ordonnance des pieds à la neige, faut avouer que…

Il faudrait bien qu’un jour j’ai le courage de lui demander quel est le corollaire « d’avoir froid aux yeux », mais il serait bien encore capable de s’imaginer que je me fous de lui, alors…

Il se couvre donc .

-C’est bon, Jean-Lulu, t’as mis tes couches, on peut y aller ?

Il a rengainé sa tête dans son casque, sec, crochu de paroles.

Et nous voilà repartis avec l’idée qu’on boirait un café à Puimoisson, chez un pote qui tient un troquet.

Tiens, parlons-en de Puimoisson : un premier bar ouvert, puis 20 mètres après, « Le Tracteur » ; mais Le Tracteur était en panne, c’est à dire fermé. Normalement, tu fais demi-tour et tu le bois ton café à Puimoisson, même si c’est pas dans Le Tracteur. Mais là, non, ignorance, mépris que sais-je encore ? Pas de freinage : pas de café !

Direction Mézel ou le thermique s’arrête enfin.

Le dialogue qui s’ensuivit est plus surréaliste que Dali dans ses délires.

– Jean-Lulu, pourquoi tu t’es pas arrêté à Puimoisson ?

– T’as pas vu que Le Tracteur était fermé ?

– Et alors, on aurait pu s’arrêter à l’autre, non ?

– Oui, mais Le Tracteur était fermé !

– Ah, tu veux dire que si Le Tracteur avait était ouvert, on se serait arrêté à l’autre ?

– ?!?!?

– Jean-Lulu, au retour, si les deux sont ouverts, on s’arrête à Mezel ?

Il nous a traité de bande de nazes ! Robertino et moi n’avons pas relevé .
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Le soleil était bien assez haut dans le ciel pour le thermique : on pouvait bien prendre le risque de le refroidir un peu !

 

Un grand merci à ce Balzac de la vie en bleue pour me confier l’honneur de diffuser sa prose.

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