Tandis que, sous mes roues, les kilomètres se succédaient, rythmés par les innombrables courbes, les arbres se raréfiaient, les ravins se faisaient plus profonds.

Depuis mon départ, les pins , les chênes verts avaient cédé la place aux chataîgniers, aux saules. Puis, les genêts et les bruyères furent mes seuls spectateurs. Muets mais pas inertes, le vent les agitait tels des fanions sur mon passage.

Dans la fraîcheur des sous-bois, les virages s’enchaînaient, séparés par de courts bouts droits qui ne laissaient pas le loisir de pousser les gaz.

Le ronronnement saccadé du moteur semblait ne jamais vouloir s’arrêter, seulement bouleversé par les ralentissements dus aux portions les plus étroites ou mal revêtues.

Et d’ailleurs, qu’est-ce qui pourrait me pousser à interrompre ce superbe moment de communion avec cette nature en train de s’éveiller ?

Ah si ! Une petite faim me tenaillait depuis un bon moment déjà. Il était bien tard et je n’avais pas encore trouvé l’endroit idéal pour déguster mon sandwich.

La plupart du temps, lorsque je pars seul en balade, je préfère trouver un endroit isolé pour ma pause repas. Il m’est d’autant plus facile de retarder mon repas et d’en apprécier la frugalité que c’est ce qui m’arrive souvent lorsque je suis au travail.

Bientôt, les accotements devinrent plus ras. Les brins d’herbe s’inclinaient tous dans le même sens. Çà et là, quelques maisons se lovaient les unes aux autres comme pour se protéger de la nature hostile. Le vent se faisait plus mordant mais n’arrivait pas à diminuer l’effet des rayons du soleil printanier. Les monts alentours, totalement nus maintenant, semblaient des croupes alanguies.

C’est alors que m’apparut au détour d’un virage l’endroit rêvé pour s’arrêter ! Là ! Devant moi, sur la droite de la route ! Un banc !

Le premier hameau se trouvait à plusieurs kilomètres ! Et quelqu’un avait installé un banc au bord de la route !

Quelle motivation avait bien pu présider à l’installation de ce reposoir dans un tel endroit ? Qui avait pu avoir eu une telle idée ?

Assurément un esthète : le paysage était à couper le souffle ! A mes pieds, un ravin de plusieurs centaines de mètres de profondeur. Sur le versant en face, de grandes prairies de fauche entrecoupées de murets et de talus commençaient à revêtir leurs couleurs comestibles.

L’impression de dominer du regard plusieurs millénaires de géologie et plusieurs siècles d’agriculture de montagne.

J’avais trouvé mon restaurant pour midi !

Quel plaisir de déguster ce frugal repas sans aucun bruit, à part celui du vent !

Quel sentiment d’éternité, de pouvoir, de plénitude !

Rarement un sandwich m’aura paru aussi bon…

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