Aussi loin que porte notre mémoire, nous avons tous le souvenir de la première fois où nous avons échappé aux mains de l’adulte qui nous agrippait plus ou moins fermement. Les quelques secondes suivantes, en équilibre précaire sur ces deux roues trop étroites, immanquablement suivies d’un rappel à l’ordre de la loi de Newton, sont imprimées à jamais dans notre inconscient.

Tout le monde sait ça : le vélo, ça ne s’oublie pas ! Et surtout pas les débuts…

C’est le moment où la sensation de maîtriser l’équilibre est ressentie par la plupart d’entre nous. Avec le recul, c’est aussi la liberté de s’éloigner un peu de ses parents, de gagner en autonomie. Grâce à un 2-roues…les premiers tours de roue

Cet outil nous accompagnera durant de longues années, de diverses tailles et de diverses formes plus où moins retravaillées par une utilisation pas toujours opportune…

Puis vient le moment de passer à un engin motorisé. Souvent celui du grand frère, du voisin, où bien d’un ami plus âgé. Mais la constante, c’est que les premiers tours de roue se font dans la clandestinité, loin des regards des parents où d’une quelconque autorité. La sensation d’être comme tiré en avant par un élastique, ce déferlement de puissance et la griserie qui s’empare de nous à chaque accélération restent encore aujourd’hui bien présents. Enfin, sans effort, juste une rotation franche du poignet droit, on accède à un autre monde ; on sent le vent dans la figure alors même que l’on n’est pas en descente !

Qu’il était beau ce premier cyclo ! Un superbe Peugeot 103 orange, un magnifique 51 Motobécane, une belle bleue, où bien pour quelques originaux un Ciao !!!

une belle bleue

Malheureusement, sa vie s’achevait souvent dans la portière d’une voiture avec la roue avant qui venait lécher la bougie ; ce qui raccourcit beaucoup l’empattement mais n’aide en rien à une conduite normale… Certains vomissaient leur essence par un moteur passablement modifié suite à un contact appuyé avec un trottoir. Sale vie pour ces mécaniques cravachées à tour de bras par des apprentis sorciers qui voulaient en sortir l’ultime demi-cheval et dont le mot fiabilité ne figurait pas dans le dictionnaire !

Belle modif d'un 103

Les plus chanceux, les mieux lotis par la vie, les plus passionnés ont ensuite passé le permis moto. Sur les premiers trajets routiers, on se souvient encore de cette impression de maîtriser une puissance jusque là inconnue. Ces premières courbes où le guidon vient taquiner l’herbe haute à l’intérieur du virage…

Bienvenue dans la caste des chevaliers à 2-roues !

A ce moment-là, on repense à tous ceux qui nous ont permis de toucher du doigt cet univers; qui nous ont fait faire nos premiers tours de roues juchés sur la selle arrière avec les jambes juste assez longues pour atteindre les repose-pieds; qui nous ont fait ressentir au plus profond de nous la vibration lourde d’un bi-cylindre, le feulement sauvage d’un quatre-cylindres dans les tours; qui nous ont permis d’admirer l’ombre hypnotique d’une roue à bâtons qui hache le bitume de plus en plus vite; qui nous ont enseignés le respect de cette noble mécanique; qui nous ont donnés l’opportunité de faire  vivre ces montures d’acier au gré de chemins toujours plus incertains.

Qu’ils en soient remerciés.

FacebookTwitterPinterestGoogle +Stumbleupon