Route mythique s’il en est, le Ventoux se doit d’être gravi. Que ce soit par les cyclistes ou par les motards. Everest des uns, synonyme de souffrances sans fin. Mecque pour les autres, promesse de plaisirs sans limites.

Habitant à proximité, il m’était difficile de passer à coté.

Ainsi, nous voilà partis. 2 motos, 2 couples pour notre découverte du géant de Provence ; balade prélude à un repas de famille. Double plaisir en quelque sorte…

L’approche d’environ 80 kilomètres avec toujours un œil sur ce tas de cailloux qui grossissait de plus en plus jusqu’à ne faire qu’un avec l’horizon se fit avec en tête un avant-goût des agapes à venir. Et pas seulement celles de la table bien garnie qui nous attendait.

Il faut préciser que nous avons effectué le trajet en montant par Malaucène et la descente par Bédoin. On peut dire que nous avons gravi la Face Nord…

La première partie de la montée se fait sur une large route pourvue d’une voie cycliste des 2 cotés. Chacun respectant sa partie de chaussée dédiée, tout se passe bien.

Juchés sur une machine orientée custom, nos compagnons de route ont bien vite adopté la conduite qui convient : coulée en évitant de chatouiller les limites de la garde au sol, mais bien rythmée quand même. Comme notre machine autorisait plus d’angle et de meilleures reprises, nous avons convenus, lors d’un arrêt au Mont Serein de se rejoindre en haut.

Encouragés par cette autorisation, nous entamons la deuxième partie de la montée sur un rythme plus alerte… Pour nous faire proprement déposer par deux motards allemands dont je n’ai pu accrocher le sillage que quelques dizaines de mètres ! Belle mise en perspective de mes capacités…

Dans le même temps, la route s’est faite plus étroite et la fine bande de bitume doit alors être partagée entre cyclistes, motards, voitures et camping-cars ! Et tout ce joli monde qui monte mais aussi qui descend !!!

Une mention spéciale doit être accordée aux cyclistes qui descendent plus vite que les voitures et qui n’hésitent pas à doubler le bon père de famille qui ralentit pour faire admirer le paysage provençal à sa progéniture, où bien pour donner de l’air au petit dernier qui ne supporte pas le mélange de virages et d’altitude. A moins que ce ne soit pour conjurer sa peur du vide qui ne manquerait pas de s’ouvrir sous ses roues en cas d’écart malencontreux.

Ces kamikazes, car ils doivent rechercher le sacrifice ultime en roulant à de telles vitesses sur des pneus si fins et avec des freins symboliques, n’hésitent pas à tailler des trajectoires de pilote de MotoGp comme si leur chrono à la descente était aussi important que leur temps de montée !

Et un intérieur sur le monospace qui déborde de gamins malades et de parents paniqués !

Et un freinage de trappeur sur le camping-car belge qui roule à la même vitesse à la montée et à la descente (avec la même douce fumée bleue…) !!!

Il n’est pas rare non plus de se trouver face à un pseudo Valentino Rossi monté sur son superbe 2-roues non motorisé ! Lequel se fait allègrement dépasser par un Marc Marquez juché sur la dernière hypersportive !

Et nous au milieu de tout ça !!!

Une  arène dans laquelle le plus décérébré prend irrémédiablement le dessus sur le mou de l’accélérateur où l’acharné du frein !!!

Heureusement, nous voilà bientôt en haut. Accueillis par un vent glacial dont l’unique but semble de faire tomber nos machines de la béquille, et aussi un peu d’empêcher les vaillants guerriers de la petite reine d’accomplir leur rêve… A moins que ce ne soit lui qui les excite et les transforme en bêtes de course prêts à tout pour parvenir au pied dans le meilleur temps !

Ca pourrait être ça…

La pause sera de courte durée : on a même gardé nos casques pour tenter de lutter contre le froid !

Nous attaquons ainsi le versant sud avec la même consigne de se retrouver en bas. Cette fois-ci, nous sommes du coté des plus rapides ! Ca va changer !!!

Les premiers kilomètres se font à un bon rythme jusqu’à l’entrée dans la forêt derrière  un motard en duo sur une machine comme la mienne. Quelques épingles portent les stigmates de ses repose-pieds ! Meilleure garde au sol où attaque moindre, je n’ai jamais réussi à laisser mon empreinte sur le provençal bitume…

La aussi la route se rétrécit considérablement au fur et à mesure de la descente.

Et on se retrouve alors avec le pauvre cycliste ahanant dans la terrible montée, doublé par le non moins anémique monospace (dont les occupants sont pour le moment sereins …) et notre collègue tout de cuir vêtu qui double tout ce petit monde dans une accélération qui va réveiller tous les sangliers des environs !!!

On a donc bien vite rendu la main et fini la balade par la superbe mais très étroite route qui joint Bédoin à Malaucène.

Toutes ces émotions se sont conclues non pas autour d’un apéritif local (incompatible avec la pratique motarde pour moi…) mais quand même face à une boisson pétillante de la même nationalité que le camping-car cité plus haut !

…Ca ressemble plus à ça!!!

Que dire de plus sinon que j’ai fait le Ventoux et qu’il ne me laissera pas le souvenir dont j’avais rêvé.

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