Afin de découvrir l’envers du miroir du championnat de vitesse Motogp, j’ai eu envie de faire parler ses acteurs de l’ombre. Ceux dont on parle peu, que l’on ne voit pas mais qui permettent à cette formidable machine de tourner.

Nous commençons par celui qui nous rapporte les événements : le journaliste. Et pas n’importe lequel : Michel Turco travaille dans le milieu depuis 26 ans. Il a par ailleurs dernièrement signé un très bel ouvrage sur Valentino Rossi. C’est donc un observateur particulièrement renseigné qui nous explique son métier.

Michel Turco, vous êtes parmi les journalistes les plus réputés sur les circuits de motogp. Pouvez –vous nous décrire ce qu’est la vie de journaliste lors d’un week-end de GP ?

J’arrive sur place en général le jeudi en début d’après-midi. Après m’être installé en salle de presse, je me rends à la conférence de presse organisée par la Dorna (organisateur du championnat).  Puis, je vais à la rencontre de mes connaissances pour tenter de glaner quelques informations intéressantes.

Le vendredi, la journée commence vers 8h. Au fil des séances d’essais, je rencontre les personnes qui selon moi sont susceptibles de fournir des renseignements sur la forme d’un pilote, l’adaptation d’une machine au circuit, ou autre…

Le samedi se passe sensiblement comme le vendredi.

Le dimanche, j’arrive sur le circuit vers 7h pour éviter les bouchons. Je suis les courses depuis la salle de presse puis dès les conférences de presse terminées, j’essaie de trouver les pilotes ou team-managers qui ont marqué la course pour une raison ou une autre. Je remonte ensuite vite pour suivre la course suivante. La journée se termine aux alentours de 23h lorsque j’ai fini de rédiger mon reportage.

Vous suivez les courses en salle de presse ?! Pas en bord de piste ?

Les salles de presse donnent accès aux temps au tour et à de nombreux éléments techniques indispensables pour rendre compte de l’évolution des performances des pilotes. L’analyse d’une course passe par la compréhension de son déroulement. Ce n’est pas au bord de la piste que l’on peut le ressentir.

Comment sont les relations entre les pilotes, leurs équipes et les journalistes ?

J’ai la chance de faire partie des plus anciens dans ce milieu. J’y suis depuis 26 ans. Au fil de toutes ces années, j’ai pu nouer des relations avec de nombreux acteurs. Ainsi, je n’ai pas de difficultés à accéder aux hospitalities. Grâce à cette relation de confiance, je peux déjeuner avec les pilotes, les team-managers dans une ambiance tout à fait décontractée. Par exemple, comme j’arrive très tôt sur le circuit le dimanche matin, je déjeune en général avec les équipes avant les premiers essais.

Et avec les autres journalistes ? N’y a-t-il pas une forme de concurrence pour l’info ?

On a tous des accès privilégiés avec les pilotes où les écuries de notre nationalité. On échange donc nos informations sur « nos » pilotes en toute liberté. A partir du moment où on fait le même métier, il est normal que nous nous entre aidions.

Selon les pilotes, il peut y avoir une vraie cohue pour approcher et poser des questions tient parfois du pugilat. Mais, dans l’ensemble, ça se passe bien.

Je n’en dirais pas autant des gens qui se contentent de reprendre les communiqués de presse officiels pour les diffuser sur leurs médias. Il est triste de constater que certains ne prennent pas la peine de se rendre sur place et sortent des articles tous faits. Ca n’augure rien de bon pour l’avenir…

Et avec les fans ? Ne vous mettent-ils pas de pression ?

Nous essayons d’en faire abstraction même si ce n’est pas toujours évident. Par moments, il serait préférable d’avoir un peu de recul, un peu plus de temps pour rédiger un article. Par exemple, au moment de l’affaire de Sepang en 2015. Il fallait écrire dans l’urgence alors que la situation demandait à prendre le temps de réfléchir pour essayer de dédramatiser.

En conclusion, on peut dire que vous faites un métier magnifique mais moins paradisiaque que l’image qu’on en a ; à savoir assister à un GP tous les 15 jours tous frais payés ?

 

La réalité est un peu plus complexe en effet ! Les magazines dépensent beaucoup d’argent pour envoyer des reporters sur les circuits. Moto Revue est d’ailleurs le dernier à envoyer sur place un journaliste et un photographe. Les autres achètent leurs photos à des agences. Ainsi, nous avons une obligation de plus-value, de qualité que l’on ne peut avoir en restant à la rédaction.

De plus, les courses peuvent s’enchaîner très rapidement. Par exemple, cette année, les 24h du mans tombaient entre le GP d’Argentine et celui des USA. Soit 3 semaines de suite sur des circuits et le décalage horaire dans les deux sens. Pas évident à gérer…

Mais, il n’empêche que ça reste un métier fantastique…

Un immense merci à Michel Turco pour sa disponibilité et le plaisir qu’il m’a fait en répondant à ces quelques questions.

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